«
D’abord par le crayon, Nicole d’Herbais
de Thun, traite des objets usuels, quotidiens : éviers,
robinets, pièces de vêtements…Mais
elle n’en reste pas là. Sa soif de sonder
d’autres moyens d’expression l’incite
à interroger le cuivre…
Ainsi l’aquatinte alliée à la pointe
sèche pour explorer, par de beaux dégradés
de gris, les moindres accidents, les failles les plus
infimes des pics montagneux.
Mais aussi la manière noire. Le berceau et le
brunissoir investissent la plaque, y faisant apparaître
des coins de piscine, des cols de chemise, enlevés
au noir profond et velouté par l’éclairage
d’un rebord,
le relief d’une colonnade, la lumière mate
d’un tissu. L’image multiple s’enrichit
encore de variantes sensibles. »
A. Mattart
Extrait du catalogue publié
pour le 10e anniversaire
de la Galerie de Prêt d'Oeuvres
d'Art, Château Malou, à Bruxelles
A la manière noire
« La gravure
est par excellence un des moyens d’expression
du « multiple » le plus noble mais le plus
sophistiqué. La gravure requiert aussi un grand
savoir de par la multiplicité de ses techniques
: pointe sèche, vernis mou, burin, aquatinte,
manière noire….
Nicole d’Herbais de Thun utilise l’ensemble
de ces « médias » avec une sensibilité
étonnante et une rare habileté. Des noirs
les plus opaques, elle transite par les gris les plus
nuancés pour aboutir aux blancs les plus éclatants.
Elle manie le cuivre avec énormément de
poésie et de rigueur. Elle évoque les
matières avec une densité et une dextérité
telles que l’envie de toucher ces gravures veloutées
naît tout naturellement »
Paul Ide
Trends Tendances, le 5 mars
1987
« Ce sont des
manières noires aussi que pratique la bruxelloise
Nicole d’Herbais de Thun.
Tout le velouté et la transparence de la technique
est mise au service d’un jeu de clair-obscur qui
fait deviner des objets ou des ambiances dépourvus
de toute présence humaine, plongés dans
une sorte d’immanence. Aucun pathétique
dans ses sujets, mais un étonnant pouvoir de
fascination qui provient
de mises en scène où des éléments
émergent de l’ombre pendant que d’autres
s’y perdent. »
Jean-Pierre
ROUGE
Conservateur du Musée
d’Art Moderne de Liège
"Wégimont
Culture", décembre 1989
Signes graphiques
Des œuvres
de Dragulj, d’Herbais de Thun et Gagliardi
« Nicole d’Herbais de Thun est une de nos
compatriotes. Schaerbeek 1952. Elle a déjà
voué à bien des thèmes, l’acuité
de sa vision et la sûreté de sa main. C’est
le cas, notamment de ses piscines, dont certaines réapparaissent
aujourd’hui, d’une grande précision
d’écriture et d’une juste et cependant
étrange atmosphère. Mais la part majeure
de son envoi est constituée par la contemplation
de la haute montagne. Celle-ci nous est présentée
avec une désarmante simplicité, dans sa
majestueuse et terrifiante grandeur.
Cimes, vallées profondes, cassures, arêtes
sont rangées sous le vocable « empyrée
», séjour des dieux, contenant les feux
éternels, qui sont autant de spectacles dont
la séduction, hors mesure humaine, nous remplit
de curiosité et d’effroi. En noir, gris
et blanc, l’artiste vous raconte les glaciers
et la neige, les crêtes de pierre, les nuages
flottants, la solitude protohistorique de ce chaos éternel.
»
Stéphane
Rey, in « La Libre Belgique »,
23 février 1990.
Un noir et blanc multicolore
« …C’est
le dessin au crayon qui marque la première étape
de son parcours ascendant. Ici pas de grande envolée
lyrique. Les premières œuvres s’attachent
au quotidien, à l’objet usuel que l’on
ne voit plus à force de l’avoir sous les
yeux. Ce sont ainsi des éviers courants avec
le bout de savon qui sèche lentement. Ces éviers
ne sont pas des joyaux du design, ils sont très
ordinaires. On en voyait de semblables autrefois dans
les maisons et on en trouve encore dans certains ateliers
d’artistes.
Du dessin à la gravure, le pas à franchir
est beaucoup plus grand qu’on le croit généralement.
La technique graphique se double de toute une alchimie
de morsures à l’acide, de travail d’incision,
de mariages de différentes manières comme
l’aquatinte avec la pointe sèche.
La manière noire, enfin, cette reine de la gravure,
servie par le berceau et le brunissoir permet une expression
de la sensibilité à de subtils degrés.
La période des piscines a succédé
aux éviers. Tout y est profondeur, l’engloutissement
dans l’eau est le symbole apparent d’un
appel. Les bassins sont situés en sous-sol, ce
qui renforce ce désir de retour aux eaux primordiales,
la mère/mer. Rien de dramatique cependant car
un rayon de soleil perce la surface de l’eau ou
éclabousse les murs.
Parallèlement, une série de gravures s’attache
à décrire le détail au quotidien.
Le col d’une blouse,
les revers d’une veste, c’est un peu le
monde que Domenico Gnoli (1933-1970) nommait sa peinture
non-éloquente . C’est le rien qui dit tout
à mots couverts…
Fin des années quatre-vingts, un grand souffle
lyrique emporte l’artiste. Manière noire
et aquatinte s’unissent pour décrire un
espace illimité. La mer, la montagne, le vent
traduisent une grande exaltation,
un élan de liberté. Les nuages définis
dans la gravure, sont légers et jamais menaçants.
La qualité du travail donne un relief particulier
à des pays montagneux où les rivières
chantent. Les ombres rampantes sur les adrets ne causent
aucune inquiétude. C’est dans cette suite
que la couleur inexistante physiquement est la plus
présente… »
Anita
Nardon,
50
artistes de Belgique, volume 6
Editions Echancrure, 1996.
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